Samira Bendris a le courage de créer sa propre Maison d'édition à Alger: El Ibriz (Or pur).
Mettre ses talents au service de l'édition, de la communication, des auteurs et des lecteurs, suppose un travail énorme pour se faire connaître, exister dans un pays où l'administration ne favorise pas toujours les jeunes pousses...
Voici un extrait de L'Enfant des deux mondes. Il donne le ton adopté par l'auteur, elle qui, avec mon amie Christine Ray, vient d'écrire un très beau texte à deux voix: Toi, ma soeur étrangère ( Le Rocher, 2012).
"Elle devinait des milliers de paires d'yeux dans ces montagnes, sensation qu'elle retrouva plus tard dans la vallée de Petra où les noires ouvertures des tombeaux mangées par l'ombre intérieure suivent de leur regard blême la marche du promeneur. Spectacle de ces regards peut-être imaginaires, mais tellement familiers où même dans les endroits les plus déserts, l'enfant ne doutait jamais que derrière tel mur, tel arbre, tel buisson, telle pierre, un homme regardait, observait, épiait. Car elle savait, elle, les regards.
Elle n'était qu'une enfant, mais elle avait vu faire les femmes, elle les avait vues voir elles aussi, maîtrisant plus que tout l'art de regarder cachjées, à travers la plus fine parcelle de lumière: entre les plis du voile, entre les barreaux des persiennesn l'espace d'une faille et c'est l'éblouissement, l'évasion.[..]
Le coeur alors s'affole lorsque l'homme, l'air de rien, lève les yeux vers la fenêtre, car il sait, lui aussi, il sait que les femmes sont les yeux des maisons, qu'une autre vie gît sous l'épaisseur de l'apparence, il sait que l'oeil rompu à l'enfermement et à la contemplation secrète consume la réalité et l'alourdit de ses désirs interdits." (p. 6-7)
En 2013, le MAGHREB DES LIVRES de Paris est consacré à l'ALGERIE et aux auteurs ayant écrit sur l'Algérie. Point de vue intéressant de Danièle MOREL
ABECEDAIRE D'UNE ENFANCE PIED-NOIRE
Danièle Morel est née en 1954 dans le Constantinois, où sa famille était installée depuis deux générations et où son père était instituteur. Elle a quitté l'Algérie en 1963 pour s'installer dans l'Yonne. Professeur de Lettres, elle a enseigné au Maroc, à Paris et en Martinique.
« Algérie. Ah, chérie ! Ce sont les mots que j'entendais, que je comprenais.
Les Pieds-noirs parlent de leur pays au féminin, comme d'une amante ingrate et infidèle. Ils en déclinent les bonheurs, les merveilles, les douceurs, vaguement peinés pour les malheureux qui ne l'ont pas connue, l'œil allumé d'avoir eu le privilège de rouler dans sa couche chaude... »
«La prof parlait du peuple algérien, et je ne connaissais que “les Arabes”. De sa lutte contre la colonisation : j'apprenais ce mot… Elle remontait loin en arrière. Elle racontait Sétif en 1945. Et le cours d'Histoire devenait voyage dans l'histoire, celle de mes origines…
Elle m'apprit les milliers de morts dans le stade, à Philippeville, ma ville, et je me sentais trahie, comme si on m'avait caché la suite, comme si les livres renfermaient des secrets qu'on n'avait pas jugé bon de me révéler… "
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J |
e n’avais pas l’intention de raconter ma vie, ni ses bons, ni ses mauvais côtés.
Je voulais rester dans l’ombre, cachée.
Je ne voulais pas me plaindre, par fierté. Ne pas dire tous mes secrets.
Ca intéresse qui, l’histoire d’un enfant de la DASS, paumé comme tant d’autres, entre des adultes tour à tour attentifs, pleins de bonnes intentions, mais qui perdent vite patience et se lassent de ne pas voir des résultats immédiats ? ( première page, extrait de mon autobiographie) .../...
"Ce que je désirais, c’était que mon frère et moi on ne soit jamais séparés, et qu’on retrouve une autre famille où on serait plus heureux qu’en foyer.
Une famille avec de bons parents, sans problèmes, sans soucis d’argent, des parents de rêve, un peu comme dans les contes, ce qui nous permettrait de ne plus penser à nos mauvais parents qui n’avaient pas pu nous garder avec eux.
Au fond, c’était tout simple, enfin, ça me paraissait très simple, puisque tant de couples voulaient adopter des enfants, et que nous, Francis et moi, on était des enfants adoptables. Tout le monde allait être heureux!
Je ne savais pas encore que notre âge, notre passé, notre caractère et beaucoup d’autres choses pèseraient si lourd dans ce projet d’adoption."
janine morel (samedi, 23 février 2013 20:45)
suis sûre que ce livre sera très émouvant pour mille raisons